Pensionnats autochtones : trop de questions encore…

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, septembre 2021. Avez-vous pensé vous abonner à ce précieux outil qui accompagne l’Église de Québec dans les transitions qu’elle a à vivre?

Par René Tessier

Début juin, la découverte des restes de 215 enfants dans un cimetière près de l’ancien pensionnat pour jeunes autochtones de Kamloops, en Colombie-Britannique, a créé une véritable onde de choc à travers tout le Canada. Pendant plus de trois semaines, cette présumée « découverte » et les réactions qu’elle suscitait ont fait les manchettes de nos médias; une couverture très exceptionnelle! De plus, même si le pape François a déclaré de Rome que le sort des enfants autochtones traînés de force dans des écoles résidentielles, entre 1883 et la décennie 1990, le préoccupait sérieusement, plusieurs criaient au scandale parce qu’il n’avait pas présenté d’excuses pour ce drame historique. En même temps, on n’apprenait absolument rien sur l’origine des ossements, ce qui aurait pu causer la mort de ces enfants ou à quelle époque ce serait survenu. Aux dernières nouvelles, aucun des corps n’avait encore été exhumé.

Près de trois semaines plus tard, le repérage annoncé d’un semblable cimetière (appelé très improprement, lui aussi, charnier ou fosse commune) dans le sud-est de la Saskatchewan ajoutait de l’huile sur un feu qui, déjà, n’en finissait plus de se consumer. On parlait cette fois d’environ 750 enfants décédés.

Pas vraiment de révélations en la matière

Pourtant, l’existence de ces corps enterrés était bien connue depuis longtemps. Les assises de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), qui a publié son rapport final en 2015, ont permis de relever que, sur les 150 000 mineurs des Premières nations, des Métis et des Inuit qui ont fréquenté les pensionnats pour autochtones, environ 4 000 sont décédés pendant leur séjour1; un nombre relativement accordé aux taux de mortalité infantile dans la société canadienne des débuts du 20e siècle.  

Le professeur d’anthropologie à l’Université Lakehead de Thunder Bay Scott Hamilton a personnellement documenté activement, pour la CVR, les cimetières liés aux écoles résidentielles. Dans une entrevue au B.C. Catholic au lendemain de l’annonce médiatique, il soulignait qu’il ne s’agit pas de charnier ni de « fosse commune », comme trop de médias l’ont avancé imprudemment, mais bien de tombes placées les unes à côté des autres, comme dans tous nos cimetières.

Les 4 000 morts de jeunes dans les pensionnats pour autochtones restent toujours à expliquer avec plus de précision. On sait au moins à ce moment-ci que les épidémies, de la grippe dite espagnole à la tuberculose (surtout), la malnutrition, les conditions sanitaires et d’autres facteurs ont joué un rôle important. Selon les époques en cause, le taux de mortalité infantile de ces jeunes autochtones pouvait toutefois être supérieur, égal ou même inférieur à celui des enfants dans la population d’ascendance européenne. On sait encore que le patrimoine génétique des membres des Premières nations les rend traditionnellement plus vulnérables aux maladies apportées par les Blancs; c’est même la première raison du flétrissement de leurs peuples après l’arrivée en Amérique des Européens. De dire le professeur Hamilton : « Certains enfants peuvent avoir été contaminés avant d’être emmenés à l’école, mais la plupart ont pu contracter une infection dans des pensionnats surpeuplés, mal construits et peu entretenus. » 

Des tombes non identifiées

Le professeur Hamilton a conclu de ses recherches que les petites croix de bois qui surplombaient probablement les tombes sont tout simplement disparues avec le temps, faute d’entretien. C’est là un élément particulièrement désolant: comme l’observe le jésuite Raymond de Souza dans le National Post, des corps enterrés qu’on ne peut identifier constituent une atteinte à la dignité humaine. Le Gouvernement du Canada, à l’origine des pensionnats pour autochtones, voulait que les dépouilles soient enterrées « au coût la plus bas possible » et n’autorisait pas le retour dans les familles.

C’est probablement cette absence d’identification qui a fait croire un peu vite à certains qu’il s’agissait de fosses communes ou qu’on aurait voulu dissimuler les corps. Nulle part les recherches du professeur Hamilton, qui a consulté les dossiers, ne donnent à penser que les responsables des pensionnats auraient voulu faire disparaître toute trace de ces morts. D’ailleurs, comme ces cimetières sont le plus souvent situés à côté d’une réserve autochtone, il se pourrait qu’on y trouve aussi les corps de personnes, enfants et/ou adultes, décédées sur la réserve. Chose certaine, il faudra enquêter davantage pour déterminer à qui appartenaient les ossements.

Ces derniers, pour l’heure, ont été simplement repérés par un radar à pénétration de sol. Il resterait encore à les exhumer, avec l’accord de la nation concernée (Tk’emlúps te Secwépemc); ce qui ne constitue pas une mince tâche, prévenait dans La Presse du 8 juin la médecin légiste Kona Williams, la première spécialiste sur ce sujet issue d’une Première nation du Canada.

La responsabilité première de l’État

Plusieurs ont trouvé bien démagogique la déclaration du premier ministre canadien, Justin Trudeau, à l’effet que « comme catholique, je suis très mal à l’aise avec le refus de l’Église de présenter des excuses en bonne et due forme ». C’est d’abord oublier trop vite que les pensionnats pour autochtones — et le projet d’assimilation culturelle s’y rattachant — ont été initiés par les autorités fédérales, l’un de leurs plus ardents promoteurs étant le premier des premiers ministres de la Confédération canadienne, John Alexander Macdonald. Le Gouvernement du Canada, résolu à « tuer l’Indien (la culture autochtone) en l’Indien » a tout naturellement confié la gestion des écoles résidentielles à des congrégations religieuses, catholiques mais aussi protestantes; car, à l’époque, c’était elles qui assuraient l’essentiel des services éducatifs au pays. Qui plus est, les responsables de ces pensionnats ont dû se débrouiller, le plus souvent, avec des budgets de misère. C’était particulièrement vrai des sépultures qu’il fallait compléter « au coût le plus bas possible ».

On peut s’interroger sur la manière dont M. Trudeau considère les excuses. Il n’a cessé de présenter des excuses depuis qu’il est premier ministre, au point d’attirer sur lui des commentaires très sarcastiques. On se demande d’ailleurs si ces excuses répétées ne servent pas qu’à tourner la page, sans conséquence pour la suite des choses. Par ailleurs, ça reste toujours un exercice très délicat que de présenter des excuses pour ce que d’autres, collègues, ancêtres ou prédécesseurs, ont pu faire dans le passé.

Le Gouvernement du Canada, alors dirigé par le premier ministre Stephen Harper, avait présenté en juin 2008 des excuses aux survivants des pensionnats pour autochtones. À la suite du rapport final de la Commission Vérité et Réconciliation en 2015, il avait toutefois refusé l’expression « génocide culturel »2, lui préférant une terminologie plus factuelle : « assimilation forcée ». Deux ans plus tôt, en mai 2006, avait été signée la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI) : elle accordait à tout ancien étudiant de ces écoles un montant de 10 000 $ pour sa première année de présence et 3 000 $ pour chaque année subséquente. Un processus d’évaluation indépendant (PEI) prévoit la possibilité d’une compensation de 275 000 $, et même de 250 000 $ additionnels en cas de perte de revenu, pour les victimes reconnues d’actes abusifs (sévices sexuels, préjudices physiques graves…) La Commission Vérité et Réconciliation est d’ailleurs née de cette entente.

De multiples reconnaissances des drames vécus

Les communautés religieuses catholiques ont déjà présenté des excuses pour le rôle qu’elles ont tenu dans les pensionnats pour autochtones au Canada. Les Oblats de Marie Immaculée, ceux-là mêmes qui géraient le pensionnat de Kamloops, l’ont fait dès 1991. (Pour être bien précis: l’école de Kamloops était sous la responsabilité du Gouvernement du Canada lors de son ouverture en 1890, les Oblats ont accepté de s’en occuper en 1892 et le Gouvernement en a repris les activités de 1969 jusqu’à sa fermeture en 1979.) D’abord remis à la Commission Vérité et Réconciliation, les dossiers de ce pensionnat se trouvent maintenant au Musée royal de Colombie-Britannique. En tout, 16 des 70 diocèses catholiques au Canada et environ 30 sur une centaine de nos instituts de vie consacrée ont été associés à l’opération des anciennes écoles résidentielles. La rencontre nationale de Saskatoon, du 13 au 15 mars 1991, avait déjà été l’occasion pour les parties concernées de reconnaître la gravité du problème.

Les excuses et expressions de regret de la part de leaders catholiques n’ont pas manqué au cours des dernières décennies. Après les Oblats en 1991, ce furent les allocutions de Mgr Austin Burke, alors archevêque d’Halifax, en l’église Micmac de Sainte-Catherine le 6 décembre 1992 et à celle de la Réserve de Millbrook le 14 février 1993; il citait alors le pape Jean-Paul II s’adressant aux peuples indigènes de Nouvelle-Zélande : « l’Évangile du Christ parle toutes les langues, il estime et embrasse toutes les cultures, il supporte tout ce qu’il y a d’humain en elles… » En 1993, le supérieur général des Jésuites, Hans-Peter Kolvenbach, s’était rendu à De Smet, en Idaho, pour dire aux autochtones des États-Unis : « Les évêques catholiques du secteur ont déjà reconnu publiquement l’insensibilité démontrée par l’Église envers vos coutumes tribales, votre langue et votre spiritualité; je veux ajouter ma voix aux leurs : la Compagnie de Jésus est désolée des erreurs du passé. »

En 2009, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine, accompagné de plusieurs délégués des peuples autochtones du Canada, a eu « une rencontre émouvante » avec le pape Benoît XVI au Vatican. Le chef Fontaine avait alors déclaré devant les médias espérer que cela « fermerait le livre » sur la question des excuses aux survivants des pensionnats.

En 1995, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) présentait devant la Commission royale d’enquête sur les peuples aborigènes un document intitulé « Puisse la justice couler comme un fleuve puissant ». On pouvait y lire: « … les révélations troublantes à propos de certains abus commis dans ces écoles-pensionnats nous ont notamment fait faire un sérieux examen de conscience. Solidaires de l’Église dans ses succès, nous devons aussi porter le fardeau de son passé. » Les évêques canadiens précisaient plus loin: « Toutefois, la justice et la guérison concernent non seulement les Églises, mais aussi toute la société canadienne. » Ils rappelaient que, non seulement les écoles résidentielles ont été mises sur pied par le gouvernement canadien mais encore que: « Loin d’être clandestine, cette politique gouvernementale a à maintes reprises, été énoncée ouvertement et publiquement. Elle reflétait la mentalité politique et sociale de l’époque et s’attirait la faveur du grand public. »

« Autres temps, autres mœurs… »

Ce contexte historique est trop souvent méconnu ou oublié. Par exemple, l’Exposition universelle de Paris, en 1938, célébrait en fanfare les bienfaits du colonialisme européen en Afrique et chantait les louanges de la mission civilisatrice peuples de race blanche, venus aux secours des pauvres indigènes pour les aider à mieux vivre. À l’époque, cela paraissait parfaitement normal ou allant de soi. Partout dans le monde, les vertus du colonialisme fondé sur des théories suprémacistes n’ont commencé à être vraiment remises en question qu’avec la montée des nationalismes à la fin de la décennie 1950. Souvenons-nous encore que, dans les six premières décennies du 20e siècle, les corrections physiques étaient monnaie courante dans la plupart de nos institutions d’enseignement.   

Ce qui n’empêche pas, comme le déclarait dès le 3 juin le cardinal Thomas Collins, que : « L’abus des peuples autochtones est un sombre chapitre de l’histoire du Canada et de l’Église catholique. Bien que l’Église ait soigné et servi les peuples autochtones de nombreuses façons, il est indéniable que certains membres de l’Église ont porté atteinte à la dignité des membres des Premières Nations. »

Vers une éventuelle réconciliation

La réconciliation n’en demeure pas moins incertaine. Les évêques canadiens ont fait savoir qu’une nouvelle délégation de représentants autochtones et d’évêques se prépare, depuis deux ans déjà, pour un long tête-à-tête avec le pape François au Vatican. La pandémie a empêché cette rencontre d’avoir lieu en 2020, tel que prévu initialement. Le dimanche 6 juin dernier, le pape François a exprimé sa « douleur » devant la nouvelle du repérage des 215 corps. Il a tenu à affirmer sa « proximité » avec toutes les victimes et survivants des écoles résidentielles; en même temps qu’il appelait à se défaire du « modèle colonisateur » et de toutes « les colonisations idéologiques d’aujourd’hui ».

Dans les médias, plusieurs n’en ont pas moins persisté à réclamer du Pape des excuses formelles. (Habituellement, de telles excuses doivent être accompagnées d’importantes compensations financières.)

Diverses sources concordent pour prévoir en novembre prochain la visite à Rome des trois délégations canadiennes annoncée par la CECC : outre quelques évêques, des représentants des Premières Nations, des Métis et des Inuit; on devrait y trouver un bon nombre d’aînés ou « gardiens du savoir », de survivants des pensionnats et de jeunes. Les trois délégations rencontreront d’abord le Pape séparément avant d’ensuite se retrouver toutes les trois ensemble.

Certains évêques ont déjà déclaré qu’ils espéraient que le Saint-Père formule des excuses au nom de l’Église universelle. Il reste à voir, cependant, dans quelle mesure cela pourrait permettre d’enfin tourner une page bien douloureuse.

 

1 Le juge d’origine autochtone Murray Sinclair, qui a dirigé les audiences de la Commission Vérité et Réconciliation, déclarait en 2015 qu’il pourrait y avoir jusqu’à 6 000 enfants morts dans les écoles résidentielles.

2 Le droit international ni aucun pays du monde n’ont jamais reconnu ce concept étrange de « génocide culturel ». Il comporte une risque aussi grave qu’évident, celui de basculer rapidement vers l’emploi à tort et à travers du terme « génocide ». C’est une appellation réservée à des situations extrêmes de massacres à grande échelle comme la Shoah ou le massacre des Juifs par les Nazis (1941-45) et le génocide arménien qui a culminé en 1915. Certains ajouteront les deux millions de morts du Cambodge sous Pol Pot (1975-79) et le million de morts au Rwanda en 1995. Mais tout le monde refuse d’associer ce terme même à des opérations d’épuration ethnique d’une extrême sauvagerie comme celles menées dans l’ex-Yougoslavie. Du reste, il y aurait une contradiction totale entre la volonté d’exterminer et d’éradiquer un peuple et un projet comme celui des pensionnats autochtones.

Commission sur l’évolution de l’aide médicale à mourir

Mardi le 24 août s’est conclue la Consultation spéciale sur l’évolution de la loi concernant les soins de fin de vie. L’enjeu : élargir ou non l’accès à l’euthanasie – aide médicale à mourir – aux personnes atteintes d’inaptitude, et à celles souffrant de troubles mentaux. Voici matière à réflexion!
La participation de Thomas De Koninck, professeur émérite à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, audition et mémoire
La participation de Vivre dans la Dignité (Jasmin Lemieux-Lefebvre et Julie Senécal), audition et mémoire
Plusieurs médias quotidiens ont publié une lettre ouverte de Mme Senécal, dont le Soleil, le Journal de Québec et TVA.

 

Les Peuples autochtones et l’Église catholique sur le sentier de la guérison

*Mis à jour le 27 septembre 2021

Le 27 mai 2021, Rosanne Casimir, la chef de la Première Nation Tk’emlups te Secwépemc, a annoncé dans un communiqué que les sépultures anonymes de 215 enfants du pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, avaient été repérées. C’est « une perte impensable dont on parlait, mais qui n’avait jamais été documentée », commente-elle.

Un mois plus tard, le 24 juin 2021, les recherches entamées sur le site de l’ancien pensionnat de Marieval, en Saskatchewan, ont permis de révéler la présence d’un autre site où 750 tombes sont non-marquées. À Lower Kootenay, (C.-B.), le 30 juin, ce sont 82 sépultures qui ont été repérées. Puis, 160 à Kuper Island (C.-B.), début juillet.

Les recherches se poursuivent, pour les communautés autochtones qui souhaitent réaliser cette démarche. Le choc, la tristesse, le désir de comprendre, débordent largement le cœur des membres des communautés autochtones, traversent le pays entier et sont partagés à l’international.

Ces recherches et celles en cours ravivent les profondes blessures liées aux pensionnats autochtones. Mais elles peuvent aussi être l’occasion de faire la vérité sur le passé, et avancer ensemble sur des chemins de réconciliation et de guérison. C’est dans cet esprit que le cardinal Gérald Cyprien Lacroix a répondu le samedi 19 juin à la lettre que son frère Konrad Sioui lui avait adressée dans Le Soleil une semaine plus tôt. Pour lire cette lettre qui exprime avec justesse la parole de notre pasteur: https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/lettre-a-mon-frere-konrad-6dfa98d79bbb085c6543422a85402af1

L’archevêque de Québec continue de se faire présent dans ce contexte douloureux. Le dimanche 27 juin, la messe solennelle de 11h au sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré a été présidée par le cardinal Lacroix. La célébration a été particulièrement dédiée aux Premières nations, comme chaque année à la Basilique. Voici le lien pour prendre connaissance de son message à cette occasion, et un reportage sur cet événement.

Le lundi 26 juillet, il a également présidé la messe solennelle pour la fête de sainte Anne, chère à plusieurs membres des Premières Nations.

Comprendre l’histoire des pensionnats

La découverte des sépultures anonymes suscite douleur et incompréhension. Nous avons rassemblé quelques informations permettant de comprendre davantage la situation. Cliquez ici.
 

Commission Vérité et Réconciliation

De 2007 à 2015 s’est tenue la Commission Vérité et Réconciliation pour faire la lumière sur la question des pensionnats autochtones. De nombreux évêques et communautés religieuses du Canada ont activement participé à cette commission, ont entendu la souffrance des survivantes et survivants et y ont donné suite. Un dossier à consulter ici.
 

Excuses offertes

Nous reconnaissons les terribles souffrances qui ont eu lieu et condamnons le système, mis en place par le gouvernement fédéral et géré par des communautés religieuses, qui a séparé les enfants, souvent par la force, de leurs parents et a tenté de leur enlever leur langue, leur culture et leur identité.
 
Il est indéniable que certains enseignants catholiques (prêtres, religieux et religieuses et personnel laïc) chargés de s’occuper des enfants dans les pensionnats ont porté atteinte à la dignité des élèves en les maltraitant, en les négligeant et en les abusant.
Nous reprenons les mots de l’une des premières excuses officielles, présentées par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée en 1991 :
 

« Nous nous excusons de l’existence des pensionnats eux-mêmes, parce que nous reconnaissons que l’abus le plus fondamental n’est pas ce qui s’est passé dans les pensionnats mais bien les pensionnats eux-mêmes. […] D’une façon très spéciale, nous désirons présenter nos excuses pour les cas d’abus physique et d’agression sexuelle qui ont eu lieu dans ces institutions. […] Nous ne voulons d’aucune façon tenter de défendre ou de justifier ces cas. »

Depuis 1991, les diocèses et communautés religieuses qui avaient été impliquées dans la gestion des pensionnats fédéraux ont initié un mouvement d’excuses, comme on peut le voir sur cette liste détaillée. Le 24 septembre 2021, les évêques du Canada ont publié des excuses officielles sans équivoque et annoncé en engagement financier de 30 millions de dollars pour soutenir les initiatives de réconciliation et de guérison.

Des rencontres significatives avec les papes se sont déroulées dans le passé, mais en ce qui concerne le pape François, rappelons qu’il se prépare à accueillir une délégation d’Autochtones, de Métis et d’Inuits pour une rencontre, prévue du 17 au 20 décembre 2021. La lettre du cardinal Lacroix dans Le Soleil du 19 juin résume aussi des gestes posés par le pape Benoît XVI.

 

Rencontre à venir avec le pape François

La Conférence des évêques catholiques du Canada a annoncé qu’une rencontre entre une délégation d’Autochtones et le pape allait avoir lieu à Rome du 17 au 20 décembre 2021, pour vivre des moments significatifs de dialogue et de guérison. Cet événement est le fruit d’une conversation avec des personnes et des communautés autochtones, tant au niveau local que national, et bilatéralement avec les organismes nationaux des Premières Nations, des Métis et des Inuits, depuis plus de deux ans maintenant.
 

Pour aller plus loin…

Si vous comprenez l’anglais, parcourez les informations rassemblées par le diocèse de Toronto. Elles sont particulièrement détaillées!
 
Voici quelques textes tirés de l’actualité récente qui permettent d’amener la réflexion un peu plus loin. Nous ne partageons pas chacune des opinions qu’ils contiennent, mais nous sommes ouverts à les entendre, pour faire avancer la réflexion sur l’enjeu douloureux des pensionnats.
 
Un texte de notre collègue rédacteur en chef de la revue Pastorale-Québec, René Tessier: Pensionnats autochtones : trop de questions encore…, tiré de la revue Pastorale-Québec de septembre 2021.
 
L’abbé Dominic LeRouzès, « Je crois en l’amitié »Le Soleil, 13 juin 2021.
Mathieu Lavigne (Directeur, Mission chez nous), « Pour une réconciliation enracinée dans l’humilité »Le Quotidien, 19 juin 2021. Découvrez également l’infolettre de cet organisme dédié à la solidarité chrétienne avec les peuples autochtones… et pourquoi pas vous y abonner?
Mgr René Guay (évêque du diocèse de Chicoutimi), « À mes soeurs et frères Atikamekw d’Opitciwan et Innus de Mashteuiatsh », Le Quotidien, 21 juin 2021.
Isabelle Hachey, « Entre la fournaise et la patinoire », La Presse, 23 juin 2021.
Jean-François Nadeau, « Que cachent les archives religieuses? », Le Devoir, 3 juillet 2021.
Ovide Bastien, « Diaboliser afin de se disculper », Le Devoir, 3 juillet 2021.
Jacques Rouillard, « Le ‘génocide’ des autochtones », Le Devoir, 6 juillet 2021.
Joseph Facal, « Génocide culturel ou génocide tout court? », Journal de Montréal,  8 juillet 2021.

Mylène Moisan, « Il y avait moyen de faire autrement », Le Soleil, 21 août 2021.
Dans le reportage Un pèlerinage innu de 1300 km pour renouer avec sa foi, découvrez comment des Innus surmontent les souffrances du passé dans une démarche de foi.

Tout le dossier « Autochtones » du Magazine Le Verbe. » width= »20″ height= »20″>

Le Diocèse de Québec tend la main aux victimes d’abus sexuels

Le 21 août 2020, une action collective visant le Diocèse de Québec a été déposée à la Cour supérieure du district de Québec. Le but de cette action est d’obtenir une juste indemnisation pour toute personne victime d’agression sexuelle de la part d’un membre du clergé (évêque, prêtre, diacre), d’un employé ou d’un bénévole sous la responsabilité directe de l’Archevêque catholique romain de Québec entre l’année 1940 et aujourd’hui.

Les autorités du Diocèse de Québec, souhaitant rendre justice aux personnes blessées et contribuer autant que possible à réparer les torts qui auraient pu être causés, ont entrepris des discussions de règlement pour éviter à toutes les parties un lourd processus juridique.

Afin de connaître précisément l’ampleur du nombre de victimes possibles à partir de 1940 jusqu’à ce jour, les autorités diocésaines ont convenu d’obtenir de la Cour supérieure du Québec l’autorisation que soit publié un avis public qui invite toute victime potentielle à se manifester. Le Cardinal Gérald C. Lacroix, archevêque de Québec, a déclaré à ce sujet : « J’invite toutes les personnes qui auraient subi de tels abus à faire connaître leur histoire pour favoriser la recherche d’un règlement ajusté aux faits qui seront établis ».

Pour ce faire, les victimes sont invitées à s’adresser au cabinet d’avocats Arsenault, Dufresne, Wee (www.adwavocats.com) qui représente les membres du recours collectif, par courriel ou par téléphone en utilisant les coordonnées suivantes :

Courriel : actioncollective@adwavocats.com

Téléphone : 514 527-8903

Notre priorité : protéger les personnes mineures ou vulnérables

Les autorités diocésaines prennent au sérieux et condamnent vivement toute forme d’inconduite sexuelle de la part des personnes qui agissent au nom de l’Église catholique de Québec. Au cours des dernières années, des mesures concrètes ont été mises en œuvre pour renforcer la prévention et la formation ainsi que garantir des milieux ecclésiaux sécuritaires, en plus d’assurer l’accueil et l’accompagnement des personnes victimes et survivantes de ces actes intolérables.

Pour prendre connaissance des actions posées par l’Église catholique de Québec afin de protéger les personnes mineures ou vulnérables, ainsi que les coordonnées pour signaler un abus, consulter : www.ecdq.org/proteger-les-personnes-mineures-ou-vulnerables/.

Célébrations avec les Premières Nations à Sainte-Anne-de-Beaupré

Le 27 juin 2021, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix présidait une célébration eucharistique spéciale, à la basilique Sainte-Anne-De-Beaupré. À l’occasion du pèlerinage annuel des Premières nations, l’archevêque de Québec a offert une parole forte de soutien aux Autochtones. Voici le texte des différents messages qu’il a prononcés, lors de l’accueil, de l’homélie et de la conclusion : Celebration_Dimanche_Autochtones_27_juin_2021

Le 26 juillet 2021, c’était la grande fête de sainte Anne. Le cardinal Lacroix qui présidait la messe solennelle a souligné la présence de plusieurs membres des Premières Nations tout au long de la Neuvaine: « …nous aimons venir et revenir ici en ce haut-lieu de prière de rencontre avec le Seigneur pour le rencontrer et nous confier à lui. Nos frères et sœurs des Premières Nations sont un bel exemple en ce sens. Depuis si longtemps ils viennent ici en famille, et encore cette année, on me disait qu’ils ont été fidèles à participer à la Neuvaine. Ils sont venus de la Côte-Nord et d’ailleurs, comme à l’habitude, prier, vivre en communauté et célébrer leur foi. » Un reportage de Radio-Canada a souligné la présence de ces membres des Premières Nations toujours très attachés à sainte Anne.

La vidéo de l’homélie du 27 juin est disponible sur ECDQ.tv, et celle de la messe de la fête de sainte-Anne peut être vue sur la chaîne Vimeo du Sanctuaire du Sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré grâce à son équipe de production. Merci!

Acte de confiance à saint Joseph : confier le Canada à son saint patron

(Mis à jour le 7 juillet 2021)

Nous avons rendez-vous avec saint Joseph, saint patron du Canada, pour souligner l’année qui lui est consacrée par le pape François! Le 1er juillet, un Acte de confiance à saint Joseph a été célébré à la grandeur du Canada. Dans notre diocèse, le cardinal Lacroix a animé en direct sur Facebook un temps de prière, qui est disponible ici.

Une ressource intéressante a été préparée par l’Office national de liturgie de la CECC, à consulter sur le site Web de la CECC:  
https://www.cccb.ca/fr/evangelisation-catechese-et-education/celebrons-lannee-de-saint-joseph/neuvaine-et-acte-de-confiance-a-saint-joseph/  

Comprendre l’histoire des pensionnats

Photo: Mission chez nous
(Mis à jour le 13 juillet 2021)
 
La découverte des sépultures anonymes suscite douleur et incompréhension. Nous avons rassemblé quelques informations permettant de comprendre davantage la situation. Nous avons notamment puisé au Rapport final de la Commission Vérité et réconciliation, de même qu’aux dossiers préparé par le diocèse de Toronto et de Saint-Hyacinthe.
 
 
Q. Je suis bouleversé(e) par les découvertes des tombes anonymes des enfants décédés au sein des pensionnats pour Autochtones. L’Église catholique reconnait-elle ses torts passés?
 
Nous reconnaissons les terribles souffrances qui ont eu lieu et condamnons le système, mis en place par le gouvernement fédéral et géré par des communautés religieuses, qui a séparé les enfants, souvent par la force, de leurs parents et a tenté de leur enlever leur langue, leur culture et leur identité.
 
Il est indéniable que certains enseignants catholiques (prêtres, religieux et religieuses et personnel laïc) chargés de s’occuper des enfants dans les pensionnats ont porté atteinte à la dignité des élèves en les maltraitant, en les négligeant et en les abusant.
 
 
Q. L’Église catholique présente-t-elle ses excuses?
 
Nous reprenons les mots de l’une des premières excuses officielles, présentées par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée en 1991 :
 

« Nous nous excusons de l’existence des pensionnats eux-mêmes, parce que nous reconnaissons que l’abus le plus fondamental n’est pas ce qui s’est passé dans les pensionnats mais bien les pensionnats eux-mêmes. […] D’une façon très spéciale, nous désirons présenter nos excuses pour les cas d’abus physique et d’agression sexuelle qui ont eu lieu dans ces institutions. […] Nous ne voulons d’aucune façon tenter de défendre ou de justifier ces cas. »

La communauté catholique au Canada n’a pas de structure centrale; depuis 1991, les diocèses et communautés religieuses qui avaient été impliquées dans la gestion des pensionnats fédéraux ont initié un mouvement d’excuses, comme on peut le voir sur cette liste détaillée.

Des rencontres significatives avec les papes se sont déroulées dans le passé, mais en ce qui concerne le pape François, rappelons qu’il se prépare à accueillir une délégation d’Autochtones, de Métis et d’Inuits pour une rencontre, prévue du 17 au 20 décembre 2021. La lettre du cardinal Lacroix dans Le Soleil du 19 juin résume aussi des gestes posés par le pape Benoît XVI.

 
Q. Combien de pensionnats pour Autochtones ont existé? Est-ce qu’ils étaient tous dirigés par l’Église catholique?
 

Le système fédéral des pensionnats a été mis sur pied vers 1883. On estime que 150 000 enfants âgés de 3 à 16 ans ont été contraints de fréquenter les pensionnats fédéraux exploités au Canada entre 1883 et 1996.

Sur les 139 pensionnats identifiés dans la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI), 46 % (64 écoles) étaient gérés par des entités catholiques ; environ 16 des 70 diocèses catholiques du Canada étaient associés aux anciens pensionnats, en plus d’une trentaine de communautés religieuses catholiques.

Q. Y a-t-il eu des pensionnats autochtones dans le diocèse de Québec?

Au Québec, on a compté 12 pensionnats fédéraux; pour connaître leur emplacement, voici une carte interactive.

Il n’y a pas eu de pensionnat autochtone sur le territoire du diocèse de Québec, mais nous partageons la peine et la honte causées par tout abus commis par des personnes en fonction d’autorité dans l’Église.

Q. Quelles sont les causes du décès des enfants dans les pensionnats?

Les décès dans les pensionnats pour autochtones restent toujours à expliquer avec plus de précision. Environ 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats au Canada. La Commission de vérité et de réconciliation a recensé 3200 décès dans les registres nommés et non nommés des décès confirmés d’élèves des pensionnats. Depuis la publication du rapport de la CVR en 2015, le nombre d’enfants décédés a tout récemment été actualisé à au moins 4100.

Voici un résumé des données disponibles actuellement. Pour un peu moins d’un tiers (32 %) des 3 200 décès identifiés dans le rapport de la CVR, le gouvernement et les écoles n’ont pas enregistré le nom de l’élève décédé. Pour un peu moins d’un quart de ces décès (23%), le gouvernement et les écoles n’ont pas enregistré le sexe de l’élève décédé. Pour un peu moins de la moitié de ces décès (49 %), le gouvernement et les écoles n’ont pas enregistré la cause du décès. Le taux de mortalité des enfants autochtones dans les pensionnats était plus élevé que celui des enfants d’âge scolaire dans la population générale. (CVR volume 4 – Enfants disparus et sépultures non marquées – pages 26-27)

Dans les cas où la cause du décès était déclarée, la tuberculose était la cause dominante de décès, représentant 48,7 % ou 896 des décès survenus dans les pensionnats. Venaient ensuite la grippe et la pneumonie.

Les élèves sous-alimentés et mal nourris étaient particulièrement vulnérables aux maladies telles que la tuberculose et la grippe (notamment l’épidémie de grippe espagnole de 1918-19). En grande partie à cause du sous-financement du système par le gouvernement fédéral, la nourriture était faible en quantité et de mauvaise qualité.

Un travail de fouille dans les archives, de même que l’examen des restes retrouvés, permettront de mieux comprendre les circonstances de ces décès.

Q. Pourquoi ces sépultures n’étaient-elles pas identifiées?

Le professeur d’anthropologie à l’Université Lakehead de Thunder Bay Scott Hamilton a personnellement documenté activement, pour la CVR, les cimetières liés aux écoles résidentielles. Dans une entrevue au B.C. Catholic au lendemain de l’annonce médiatique, il soulignait qu’il ne s’agit pas de charnier ni de « fosse commune », mais bien de tombes placées les unes à côté des autres, comme dans tous nos cimetières.

Le professeur Hamilton a conclu de ses recherches que les petites croix de bois qui surplombaient probablement les tombes sont disparues avec le temps, faute d’entretien. C’est là un élément particulièrement désolant: comme l’observe le jésuite Raymond de Souza dans le National Post, des corps enterrés qu’on ne peut identifier constituent une atteinte à la dignité humaine.

Le Gouvernement du Canada, à l’origine des pensionnats pour autochtones, voulait que les dépouilles soient enterrées « au coût le plus bas possible ». Selon le rapport de la Commission de vérité et de réconciliation, il était fréquent que les parents ne soient pas informés du décès d’un élève, et les corps des élèves décédés dans les pensionnats étaient rarement renvoyés chez eux, sauf si les parents avaient les moyens de payer le transport. Dans un effort pour limiter les dépenses, le ministère des Affaires indiennes (comme il s’appelait alors) s’opposait à l’envoi des corps des enfants décédés dans leur communauté d’origine.

Q. Quelles ont été les conséquences négatives des pensionnats pour plusieurs Autochtones? Peut-on parler de génocide?
 
Les conséquences négatives de cette politique ont été largement rapportés dans le cadre de la Commission. Voici un extrait du rapport final : « De nombreux élèves ont des séquelles permanentes des pensionnats indiens. Arrachés à leurs parents, ils ont grandi sans respect et sans affection. Un système scolaire qui ridiculisait et bannissait la culture et les traditions de leur famille a détruit leur estime de soi et leur attachement à leur propre famille. Des enseignants mal formés travaillant avec un programme sans pertinence ont fait en sorte qu’ils se sentent étiquetés comme des « ratés ». Les enfants qui ont été victimes d’intimidation et de violence physique ou sexuelle portent le fardeau de la honte et de la colère pour le reste de leurs jours. » (Commission de vérité et réconciliation du Canada, Ce que nous avons retenu. Les principes de la vérité et de la réconciliation, 2015, p. 105.)
 
Le système des pensionnats a contribué à un génocide culturel, selon les recherches effectuées par la Commission, comme l’explique l’historien Jacques Rouillard : « Comme on peut le lire dans le Rapport, ‘les écoles sont considérées comme des moteurs de changements culturels et spirituels’ : les ‘sauvages’ deviendront des ‘hommes blancs chrétiens’. Pour ce faire, le gouvernement a décidé d’une méthode radicale, inhumaine : arracher à leur famille contre leur gré les jeunes en âge de scolarisation. »
 
Le concept de génocide culturel peut être distingué du génocide physique, expose l’historien : « Ces pensionnats dirigés par des communautés religieuses ne sont pas des camps de concentration destinés à commettre des meurtres et à assurer la destruction physique des Autochtones. L’objectif assigné par le gouvernement aux communautés est de faire rapidement de ces jeunes Autochtones des citoyens ayant les mêmes valeurs et identité que les autres jeunes Canadiens. »
 

Q. Comment les communautés religieuses ont-elles pu s’associer à ce système?

Les communautés qui se sont associées au système des pensionnats autochtones ont présenté des excuses (voir ci-haut), et nous ressentons tous de la honte comme catholiques face aux sévices qui y sont survenus.

Sans minimiser les abus commis, la Commission fait toutefois état d’une réalité nuancée : la plupart des personnes qui œuvraient dans les pensionnats étaient bien intentionnés. Ces gens « ont travaillé pendant des années dans des conditions qui étaient souvent très différentes de celles auxquelles ils étaient habitués, travaillaient pour un salaire très bas et vivaient dans des logements restreints et surpeuplés (…). Ils ont passé leur vie à enseigner, à cuisiner, à faire du ménage, à cultiver la terre et à surveiller les enfants. Ces activités elles-mêmes étaient positives, et non négatives. La plupart des membres du personnel n’étaient pas responsables des politiques qui provoquaient la séparation des enfants de leurs parents et qui faisaient en sorte qu’ils vivaient dans des installations inadéquates et sous-financées. En fait, beaucoup d’employés ont consacré une grande partie de leur temps et de leur énergie à tenter de rendre plus humain ce système dur et souvent destructeur. Si les pensionnats ont donné des résultats positifs, nous les devons à la résilience des enfants eux-mêmes et aux efforts de ces employés. »

(Commission de vérité et réconciliation du Canada, Honorer la vérité, réconcilier pour l’avenir. Sommaire du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015, p. 132)

Q. Est-ce que l’Église garde des archives cachées en lien avec l’histoire des pensionnats?

La plupart des entités catholiques qui géraient des pensionnats ont commencé à partager leurs dossiers il y a des années. L’accessibilité est assez simple, mais la préservation des archives et la complexité d’y chercher les traces des faits passés sont des enjeux que présente bien cet article.

Notamment, certains documents ont été perdus au fil du temps. Selon une politique du gouvernement fédéral de 1933, les bulletins scolaires pouvaient être détruits après cinq ans et les rapports d’accidents après dix ans. Entre 1936 et 1944, le gouvernement fédéral a détruit 200 000 dossiers des Affaires indiennes (comme le ministère s’appelait alors).

Les dossiers du gouvernement et de ceux qui exploitaient les pensionnats étaient souvent incomplets. Les incendies survenus dans un certain nombre de pensionnats ont également endommagé ou détruit les dossiers historiques à certains endroits.

Q. Est-ce que l’Église offrira une réparation financière pour les personnes blessées par les pensionnats?

Les entités catholiques qui exploitaient des pensionnats faisaient partie de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI) de 2006.

Les quelque 50 entités individuelles qui ont signé la CRRPI ont payé :
i. 29 millions de dollars en espèces (moins les frais juridiques) ;
ii. plus que les 25 millions de dollars requis en contributions « en nature » ; et
iii. 3,7 millions de dollars supplémentaires provenant d’une campagne de « meilleurs efforts » sur un objectif de 25 millions de dollars.

Actuellement, les diocèses de tout le pays sont en discussion pour déterminer la meilleure façon de s’engager dans un effort financier renouvelé pour atteindre l’objectif de la campagne de 25 millions de dollars.

Q. Comme croyant, croyante, que puis-je faire pour contribuer à « faire partie de la solution »?

Chacun et chacune d’entre nous peut garder son coeur ouvert à la souffrance vécue par nos frères et soeurs autochtones, et tisser au quotidien des liens d’amitié avec eux. Marcher avec les communautés autochtones, dans l’écoute mutuelle et l’engagement pour construire un meilleur vivre-ensemble.

Nous pouvons aussi nous informer sur le sujet, partager les ressources pertinentes, et contribuer par nos prises de parole à apporter apaisement et soutien, sans faire rayonner les appels à la haine. Nous pouvons aussi prier, confiants que l’Esprit est agissant ici et maintenant :

Prions

Pour les enfants qui sont décédés dans les pensionnats du Canada et pour tous ceux et celles qui vivent encore aujourd’hui dans la souffrance, afin que la guérison soit fondée sur la vérité et que l’Esprit inspire notre engagement continu vers la réconciliation.

Seigneur, vois notre faiblesse et notre repentir profonds, et continue de purifier et transformer ta famille.

Donne-nous l’humilité d’écouter lorsque d’autres révèlent comment nous avons échoué, et le courage d’aimer les autres comme nous-mêmes, conscients de ton amour pour les plus faibles et les plus vulnérables d’entre nous. Amen.

 

Délégation des Peuples autochtones auprès du Saint-Siège

Le 10 juin 2021, la Conférence des évêques catholiques du Canada a annoncé qu’une rencontre entre une délégation d’Autochtones et le pape allait avoir lieu sous peu.

Le cardinal Lacroix a partagé rapidement la nouvelle : « Le chemin vers la vérité et la guérison est si important; nous continuons à le parcourir avec les Peuples autochtones. Nous annonçons qu’une grande délégation rencontrera le pape François prochainement! »
 

Voici le communiqué intégral :

De tout cœur, les évêques catholiques du Canada sont très impliqués à prendre de vraies actions significatives avec les Peuples autochtones en vue d’un avenir rempli de plus grand respect et de coopération. La découverte récente des restes d’enfants dans un lieu d’enterrement d’un ancien pensionnat à Kamloops (Colombie-Britannique) nous rappelle un passé douloureux et un héritage qui persiste. Avec le ferme encouragement du pape François, les évêques du Canada se sont engagés à renouveler et renforcer les relations avec les Peuples autochtones de tout le pays. Au cours des dernières années, des cercles d’écoute régionaux et diocésains ont eu lieu à travers le pays afin d’entendre les histoires des communautés autochtones locales et leurs espoirs pour le futur. S’écouter est le commencement de nos efforts communs pour parvenir à une réconciliation mutuelle et durable, à une guérison authentique et ainsi construire des ponts.

En conversation avec des personnes et des communautés autochtones, tant au niveau local que national, et bilatéralement avec les organismes nationaux des Premières Nations, des Métis et des Inuits, les évêques, promoteurs du projet, préparent, depuis plus de deux ans maintenant, une délégation d’Autochtones pour rencontrer le Saint-Père et vivre des moments significatifs de dialogue et de guérison. Cette visite pastorale comprendra la participation d’un groupe diversifié d’aînés/‘gardiens du savoir’, de survivants des pensionnats et de jeunes de partout au pays. L’événement offrira également au pape François une occasion unique pour entendre directement les peuples autochtones, d’exprimer sa proximité sincère, d’aborder l’impact de la colonisation et l’implication de l’Église dans les pensionnats, en vue de répondre à la souffrance des peuples autochtones et au traumatisme intergénérationnel qui perdure.

La pandémie mondiale causée par la COVID-19 a ralenti ce projet; cependant, les évêques restent déterminés à aller de l’avant avec la délégation avant la fin de 2021, conformément aux directives de voyages internationaux.

La délégation au Saint-Siège représente une étape importante sur le chemin de la réconciliation et de la guérison partagée par les Peuples autochtones et l’Église au Canada. Le pape François, dans son message de l’Angélus du 6 juin 2021, a parlé de la découverte choquante des restes d’enfants à l’ancien pensionnat de Kamloops et, tout en exprimant tristesse et solidarité, a souligné l’importance de « marcher côte à côte dans le dialogue et dans le respect mutuel dans la reconnaissance des droits et des valeurs culturelles de tous les fils et filles du Canada ». Nous espérons que ces rencontres à venir – et l’importante collaboration et le partenariat qui ont soutenu la planification – mèneront à un avenir partagé de paix et d’harmonie entre les peuples autochtones et l’Église catholique au Canada.

 

Découverte à l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops: tristesse et solidarité

Photo: Mission chez nous

À la suite de la bouleversante découverte à l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, la Conférence des évêques catholiques du Canada a exprimé sa tristesse et le désir de mettre en lumière la vérité, et de continuer à marcher côte à côte avec les Peuples autochtones. L’Assemblée des évêques du Québec a elle aussi publié un communiqué pour exprimer sa solidarité envers les victimes des pensionnats autochtones, et interpeller à faire la vérité sur notre histoire commune. 

Le cardinal Lacroix a rapidement partagé sur les réseaux sociaux, en précisant : « Merci à mon confrère Mgr Richard Gagnon, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, pour ces mots que je partage entièrement, profondément attristé et solidaire. »  

La communauté des Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, qui gérait ce pensionnat, avait présenté des excuses aux Premières Nations du Canada le 24 juillet 1991. Le supérieur provincial Ken Thorson a aussi exprimé cette semaine la conscience croissante que prend la communauté des dommages causés par les pensionnats aux peuples autochtones. 

Le pape François, à l’Angelus du 6 juin 2021, a dit suivre « avec tristesse les nouvelles en provenance du Canada » et exprime sa « sympathie au peuple canadien, qui a été traumatisé par cette nouvelle choquante ». Il en a profité pour inviter à tirer les leçons de ce drame en se détournant « du modèle colonisateur et même des colonisations idéologiques d’aujourd’hui, et à marcher côte à côte dans le dialogue, le respect mutuel et la reconnaissance des droits et des valeurs culturelles de toutes les filles et de tous les fils du Canada ».

Marcher ensemble vers la vérité et la guérison

Les funestes découvertes à l’ancien pensionnat de Kamloops ravivent les blessures historiques des Autochtones en lien avec l’Église catholique au Canada. Depuis ses débuts, Le Verbe offre des articles qui tentent d’oeuvrer à la vérité et à la réconciliation. On y voit notamment comment l’Église marche côte à côte avec les Autochtones, Métis et Inuits.
 

Contextualisation

Ces mots de Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, sur son blogue personnel, rappellent bien le contexte de ces événements : « Cette découverte jette une lumière crue sur ce que la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) nous avait appris il y a déjà huit ans. En effet, la CVR avait commandité une recherche sur la question du sort des enfants décédés dans les pensionnats autochtones. (https://nctr.ca/wp-content/uploads/2021/05/AAA-Hamilton-cemetery-FInal.pdf) Cette étude a conclu que de nombreux enfants étaient morts de tuberculose dans ces pensionnats, surtout avant 1950. La CVR avait dénombré plus de 3000 décès enregistrés, un taux de mortalité deux à trois fois plus élevé que dans la population générale. Les registres étant partiels, on peut croire que ce chiffre est bas. Le rapport notait que les soins de santé dans plusieurs de ces pensionnats étaient sous-financés et de pauvre qualité. De plus, le gouvernement refusait de payer les frais pour rapatrier les corps des enfants décédés pour que leurs parents puissent les enterrer de façon convenable chez eux. »

Il est important de noter que, selon le Dr Scott Hamilton, un des experts consultés par la CVR, rien n’indique qu’on ait cherché à cacher les sépultures, contrairement à une perception souvent exprimée lors des derniers jours. Les sépultures et le cimetière étaient vraisemblablement marquées à l’origine par de simples croix et une clôture de bois qui se seraient détériorées et auraient disparu avec le temps.

 

À la table du Cardinal – Puissante vague de solidarité : plus d’un quart de million pour les organismes d’ici!

La levée de fonds À la table du Cardinal 2021 vient de se conclure après avoir recueilli 263 000$ (en date du 26 mai 2021). Cette chaîne de solidarité a mobilisé les milieux corporatifs ainsi que le grand public des régions de Québec et Chaudière-Appalaches. Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix sera de nouveau en mesure de soutenir concrètement plusieurs dizaines d’organismes communautaires situés sur le territoire du diocèse de Québec. 

100% des dons amassés leur sont remis ! Le succès de l’opération est d’autant plus réjouissant que le milieu communautaire a été mis à rude épreuve par la pandémie, tant au niveau des revenus que des besoins. Se référant aux différentes vagues qui affectent notre contexte sanitaire, l’Archevêque de Québec souligne sa joie de voir un autre type de vague déferler : « La solidarité dont nous sommes témoins est une vague qui apporte de l’aide concrète, du courage, de la joie. L’amour, qui trouve sa place au cœur de la foi chrétienne, ne se manifeste pas tant par des paroles que par des actes ». 

Son initiative annuelle a permis, depuis 2015, de remettre 1.3 million de dollars à plus de 70 organismes. Habituellement, À la table du Cardinal est un événement-bénéfice qui rassemble plus de 700 personnes au Centre des congrès de Québec. Cette année, comme en 2020, le rassemblement n’a pas pu avoir lieu. Cependant, un événement webdiffusé a été offert le 20 mai dernier, sur les ondes d’ECDQ.tv et sur les réseaux sociaux, pour remercier les partenaires, donateurs et donatrices. 

Une soirée de clôture virtuelle sous le signe de la gratitude et de la bonne humeur 

Le rendez-vous (toujours disponible sur ECDQ.tv) est animé par le cardinal Lacroix, M. Pierre Jobin et Mme Julie S. Doyon, la présidente du comité organisateur. 

La diffusion est truffée de moments émouvants et surprenants : témoignage d’organismes soutenus, vidéos souvenir des premières éditions, avec un clin d’oeil du pape François et plusieurs extraits humoristiques. On y voit aussi une touchante prestation musicale surprise, offerte par Grégory Charles !  

L’équipe qui pilote À la table du Cardinal remercie ses 27 partenaires et en particulier ses partenaires Platines : Ameublements Tanguay, Biscuits Leclerc, Canam Ponts Canada, Desjardins, le Groupe Dallaire, Immostar, M. Jean-Maurice Vézina, planificateur financier, Levio, QSL.  

Le Cardinal annonce la tenue de la prochaine édition le 19 mai 2022 au Centre des Congrès de Québec, sous la présidence d’honneur de monsieur Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins et de sa conjointe, madame Julie Forgues. 

Plus de détails sur À la table du Cardinal au www.evenements-ecdq.org