La chanoine Jacques Roberge, supérieur général du Séminaire de Québec, Sr Doris Lamontagne pfm et le cardinal Gérald Cyprien Lacroix. Photo de Daniel Abel
Envoyés à toutes rencontres
Actualité des repères missionnaires de François de Laval
Publié par le Séminaire de Québec
En canonisant François de Laval en 2014, le pape François confirmait l’actualité du témoignage missionnaire de l’Apôtre en Amérique. Ce livre propose une nouvelle lecture de la vie de saint François de Laval et dégage des repères missionnaires qui l’ont guidé. Les repères de François de Laval s’enracinent dans le sillon de l’Église primitive, puisqu’il a la conviction profonde que l’Église de la Nouvelle-France a reçu un don similaire. Au même titre que de nombreux missionnaires oeuvrant depuis deux mille ans partout dans le monde, François de Laval est conscient que la Mission est l’oeuvre de Dieu et cherche constamment à en être un digne instrument. L’époque et le contexte ont bien changé, mais l’auteure a la ferme conviction que les repères missionnaires de cet homme s’inscrivent à la fois dans une dynamique de continuité et de créativité. Ses repères peuvent nous servir d’assises solides encore aujourd’hui.
Le livre a été lancé le jeudi 16 juin au Séminaire de Québec, date historique de l’arrivée de François de Laval le 16 juin 1659.
Il est en vente dès aujourd’hui, vendredi 17 juin, au Centre d’animation François-De Laval à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.
Ce n’est pas moi qui ai choisi le titre des propos que je vais vous livrer, pas plus que n’ai pas pris l’initiative de cet entretien. C’est au supérieur des prêtres de ma nouvelle résidence qu’il faut attribuer cette volonté et c’est au Conseil presbytéral diocésain, si j’ai bien compris, qu’on a suggéré que la vaillante équipe de l’ÉCDQ-TV puisse l’offrir sur le web. Vous m’en voyez honoré, mais un peu stressé à l’idée de couvrir convenablement un sujet aussi vaste et pertinent à la fois, compte tenu de mon auditoire direct de la résidence Cardinal-Vachon où l’on côtoie la souffrance et de la place qu’occupe dans l’espace public l’aide médicale à mourir. Je m’attarderai surtout sur le sens chrétien de la souffrance, mais je ne peux ignorer, dans le contexte actuel, la question brûlante et lancinante des soins palliatifs versus l’euthanasie active.
Monsieur l’abbé Jacques Pelchat m’a même dicté – au sens modéré du terme — le titre de mon entretien : « la douleur et la souffrance ». Un confrère m’a fait la réflexion : « Ça se ressemble pas mal ». Je lui ai répondu : « Heureusement, sinon je risquais fort de déborder mon temps de parole! » Un écueil que j’ai toujours eu bien de la misère à contourner! De toute façon, je vais sans doute déborder un peu la demi-heure classique de l’émission télévisée, sachant que les internautes bénéficieront des coupures de mes digressions futiles.
I-Douleur et souffrance
Devant ma grille de mots croisés, les deux mots seraient de purs synonymes. Mais, il vaut la peine de rappeler les nuances qui les distinguent.
Grosso modo, le mot « douleur » réfère d’abord au mal physique. Dans la maison où je m’adresse à vous, à l’étage supérieur de l’unité de soins, l’infirmière vous demandera tout naturellement : « Sentez-vous encore de la douleur dans votre dos, dans vos jambes, dans votre estomac? » Mais ailleurs, sur le coup d’un deuil, d’un drame familial, d’un sentiment d’abandon ou d’inutilité, le psychologue, l’aidant naturel, le conseiller spirituel vous demanderont plutôt : « Ça vous fait souffrir, n’est-ce pas? » C’est dire que si les deux mots – douleur, souffrance – se rejoignent dans leur sens générique, chacun a une application spécifique plus précise. Mis ensemble, ils recouvrent une réalité globale qu’on retrouve dans le mot « mal ». On dira aussi bien : « J’ai mal aux yeux » que « j’ai mal à l’âme ». Pour manifester sa compassion à sa fille, Madame de Sévigné, la classique de la littérature épistolière, lui écrivait : « J’ai mal à votre estomac! » Somme toute, quel que soit le mal qui nous atteint, il nous cause de la souffrance physique ou morale, souvent les deux à la fois. Et l’une ou l’autre peut paraître insupportable et conduire dans certains cas à penser au suicide pour s’en délivrer, qu’il soit personnel ou assisté. À toute fin pratique, je donnerai dans mes propos la même acception globale aux mots « douleur » et « souffrance », comme dans le langage courant.
II- Le sens chrétien de la souffrance
On n’est pas à l’abri des notions faciles lorsqu’on parle de sens chrétien de la souffrance.
Dans notre jeunesse, nous avons peut-être entendu la phrase : « Il faut souffrir pour être belle ». C’était pour justifier que les femmes s’étouffent dans des corsets qu’elles portaient pour améliorer leur profil corporel. De son côté, ma grand-mère bien aimée reprochait à ma mère de trop gâter ses enfants quand elle soignait nos rhumes ou nos bobos : « Alma, arrête de les dorloter! » disait-elle. « Il faut qu’ils apprennent à souffrir ». Elle se faisait peut-être l’écho d’une certaine éducation religieuse voulant qu’il fallait souffrir « pour gagner son ciel ».
J’ai personnellement connu au noviciat de ma communauté l’usage de la « discipline ». N’allez pas croire qu’il s’agissait seulement d’un équilibre de vie, ou même d’un régime austère emprunté à la vie monastique, mais bien d’un fouet fait de lanière de cuir pour se flageller à l’appel d’une cloche, pendant une minute chaque vendredi soir avant de se mettre au lit. Le rythme des coups était heureusement laissé à la discrétion de chacun… N’empêche qu’un confrère zélé avait dû gagner un lit de l’infirmerie après l’exercice. Pour ma part, je vous avouerai candidement qu’il m’est arrivé d’évaluer au son la vigueur du martyre chez les voisins de nos cellules fort mal insonorisées! À la même époque, le port du cilice, cette camisole d’étoffe rude, était assez répandue. On aurait révélé indiscrètement qu’on en avait trouvé un exemplaire dans les effets personnels du pape Paul VI. La source, comme disent les journalistes, ne précise pas le degré d’usure de la précieuse relique…
C’était l’époque ou même les médecins répugnaient à recourir trop facilement aux analgésiques. Une dame, dont je ne peux suspecter l’intégrité, me racontait que, lors d’un accouchement laborieux, elle avait réclamé un « calmant ». L’obstétricien l’en avait dissuadé en disant : « Madame, la femme enfante dans la douleur. C’est ça depuis le Paradis terrestre. » Vous reconnaissez la parole de Jésus interprétée hors contexte.
Il n’en fallait pas plus pour que des esprits malveillants assimilent ce que l’on appelait la mortification au masochisme. Il faut avouer d’ailleurs que le terme mortification sonnait pire que le mot masochisme, puisqu’il évoquait la recherche de la mort, alors que le masochisme se limite à rechercher la souffrance!
En réalité, la mortification traduisait plutôt ce que saint Paul appelait « faire mourir le vieil homme en nous » ou « mourir au péché », ce qui de soi n’implique aucunement de se faire violence physiquement.
N’empêche que dans les pays de culture catholique, la médecine ne s’est mise que tardivement à prescrire de la morphine en fin de vie ou en cas de douleur chronique. Trente ans après que Pie XII eût donné son aval aux soins palliatifs, alors que Jean-Paul II se prononçait très clairement contre l’acharnement thérapeutique, une certaine divinisation de la souffrance pouvait justifier, la malveillance aidant, le dicton français : « Catho rime avec maso. » Une réaction au fait que l’Église catholique – je parle en l’occurrence de l’Église enseignante — s’est longtemps appesantie sur la douleur, soit pour inviter à la résignation, soit pour la glorifier ou lui donner une valeur rédemptrice mal perçue. Il en est résulté ce qu’on a appelé le « dolorisme », i.e. une spiritualité de justification et du culte de la douleur. Aux yeux des détracteurs du catholicisme, qui pullulent dans notre société québécoise et dont nos médias diffusent largement les propos, l’omniprésence des symboles religieux, les crucifix et les crois-bijoux spécialement qui évoquent le supplice épouvantable infligé à Jésus de Nazareth, « l’homme de douleur » comme le prophète Ézéchiel (53.3) appelait déjà le Messie, sans compter la pratique très répandue du chemin de la Croix devant les 13 stations de nos églises et chapelles auxquelles on a ajouté la quatorzième de la résurrection pour déboucher au moins sur le mystère fondamental de notre foi.
Pourtant représenter la souffrance n’est pas forcément la glorifier pour elle-même. Il faut bien distinguer ce que Jésus fait de la souffrance et ce que l’on fait (ou que l’on a fait) de la souffrance de Jésus, selon l’observation très juste du théologien Jean-Pierre Manigne. Jésus n’a rien d’un doloriste, au sens où il ne se réjouit pas de la souffrance, qu’il ne la considère pas comme un châtiment divin, qu’il ne se résigne pas ni n’exhorte à se résigner. Il fait preuve d’une compassion universelle, mais d’une compassion active qui prend en compte la faim, la maladie, le désarroi des foules, l’inquiétude spirituelle des individus. Son Évangile est la « bonne Nouvelle » que les aveugles voient et les boiteux marchent. Plutôt que d’exalter la douleur, il s’attache à la faire reculer, ce qui n’empêche pas de la trouver féconde quand cela est le prix à payer pour l’amour. Et nous savons par expérience qu’aimer, c’est accepter de souffrir.
Si la chrétienne, le chrétien ne se réjouit pas de la souffrance, la joie n’en demeure pas moins la marque authentique de celui ou de celle qui se croit sauvé par la souffrance du Christ. Le philosophe, Nietzche, n’en attendait pas moins des témoins crédibles du Christ. On connaît sa réflexion mordante à l’adresse des chrétiens : « Il faudrait qu’ils aient un air plus sauvé pour que je croie en leur sauveur. »
Mais la joie peut-elle coexister avec le mal, qu’il s’agisse de la souffrance physique ou de la faute morale? De soi, le mal est impossible à comprendre et à aimer. François Varillon a bien démontré que toute tentative philosophique pour justifier le mal et « innocenter Dieu qui ne veut pas le mal mais le permet seulement » ne peut qu’échouer. Car le mal est injustifiable sous toutes ses formes. C’est précisément parce qu’il est injustifiable que le mal est mal. « Il est un non-sens en soi », ponctue le théologien. Le permettre serait inacceptable de la part d’un Dieu qui n’est qu’amour.
On ne doit pas chercher à justifier la souffrance, encore moins absolutiser sa valeur sanctificatrice : il faut la combattre. Inutile de la traiter comme un problème, puisqu’elle n’a pas de solution, poursuit en substance François Varillon. Son collègue théologien, Bernard Sesboué, en rajoute : « La souffrance, prise en elle-même, n’a aucune valeur positive. Elle est un scandale opaque. C’est pourquoi nous devons la combattre toujours et partout, au nom de la règle d’or de l’Évangile, le commandement de l’amour. »
À vouloir « innocenter Dieu » à tout prix, on risque de le coincer. Ainsi, prétendre que Dieu « permet » le mal comme une étape nécessaire pour parvenir à une meilleure harmonie du monde ou de la création, c’est se satisfaire froidement d’une justification douteuse, qu’il s’agisse d’une guerre dévastatrice, d’un incendie de forêt ou d’une maladie paralysante.
Des formules maintes fois reprises ont été inventées pour traduire cette approche du mal physique ou moral :
« La guerre est l’enfantement de l’histoire »
« Dieu éprouve ceux qu’il aime »
« L’épreuve est bienfaisante »
« La faute engendre la conversion »
Il y a une part de vérité dans ces formules stéréotypées, plus ou moins compatissantes, à la limite odieuse pour les personnes qui subissent les assauts du mal. Mais elles suscitent toutes la même interrogation. Le mal peut-il faire partie du plan de Dieu? Peut-il être objet de l’intention divine?
Ce questionnement est sous-jacent au dialogue de Job avec ses amis qui le soupçonnent d’avoir mérité ses malheurs à cause de ses péchés. Le saint homme proteste de son innocence, démontrant ainsi fort opportunément ce qu’il y a d’odieux à lire dans la souffrance un jugement de Dieu.
Il serait plus juste d’attribuer à la liberté humaine une part de la responsabilité du mal qui l’afflige. En bien des cas, en effet, l’être humain se punit lui-même de ses dérogations aux lois de la nature ou du décalogue. Le fumeur invétéré qui encrasse ses poumons, le buveur excessif qui engorge son foie, le noceur qui multiplie ses partenaires sexuels, l’athlète qui s’adonne à certains sports extrêmes, le champion olympique qui recherche la performance dans les anabolisants, le joueur compulsif qui hante les casinos, le fou du volant qui pousse son bolide à vitesse maximale, plus généralement monsieur et madame Tout-le-monde qui font fi des règles élémentaires d’une saine alimentation ou des prescriptions de leur médecin : toutes ses personnes, en abusant de leur liberté, s’exposent à des misères de toutes sortes. Elles seraient bien mal venues de mettre en cause la bonté de Dieu à leur égard.
Mais l’enfant atteint de leucémie, la vieille dame heurtée par un chauffard, les passagers qui périssent dans la chute d’un avion, ne peuvent être renvoyés à leur responsabilité personnelle. Il en est ainsi des victimes d’un ouragan, d’un tremblement de terre, d’un raz-de-marée, d’une inondation. Leur situation s’apparente à celle de Job en proie au mal suprême qu’est la souffrance de l’innocent. En l’assumant comme il l’a fait dans la Passion, Jésus a voulu aller aux creux de la détresse humaine pour lui donner un sens.
Non pas qu’il faille sacraliser la souffrance comme telle, pas même celle du Christ, ni en évaluer l’importance par sa quantité. On ne sait pas par ailleurs si Jésus a été l’homme le plus souffrant dans l’histoire de l’humanité. Le Père Congar affirmait un jour : « Ce n’est pas la souffrance de Jésus qui nous a sauvés, c’est l’amour avec lequel il a vécu cette souffrance. »
Mais, ne l’oublions pas, avant de se livrer au sacrifice de sa vie, le Fils de Dieu a réagi sainement, comme tout humain normal aux prises avec le mal physique ou moral qui l’assaille : « Que ce calice s’éloigne de moi ». Bien plus, même après sa soumission à la volonté de son Père, il continue à chercher le soutien moral de ses proches, à se plaindre de leur peu d’attention à son angoisse, voire à ressentir humainement l’abandon de son Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »
Si le « Fils de l’homme » a connu pareils sursauts de sa nature humaine, comment s’étonner de la révolte qui s’exprime chez le commun des mortels devant l’acuité de la douleur, l’imminence de la mort ou la lourdeur de l’injustice? La situation doit nous inviter à la compassion tangible et silencieuse plutôt qu’aux propos lénifiants ou moralisants. La sympathie humaine saura frayer un chemin à la grâce divine, tout comme l’amour du Christ a « converti » le sens de la souffrance. Non pas en la justifiant, mais en lui donnant le visage de l’amour, tant de l’amour manifesté par le Christ souffrant que de l’amour des humains qui acceptent de souffrir avec lui. C’est cet « être avec » qui importe et non l’intensité de la souffrance.
Saint Paul ira jusqu’à dire : « Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous » (Col.1, 24). N’est-ce pas le condensé des béatitudes et le secret du bonheur vécu par tant de saints et saintes qui « ont accompli dans leur propre chair ce qu’il reste des épreuves du Christ? »
Pour les lecteurs et les lectrices qui veulent approfondir les réflexions qui précèdent, je recommande vivement la lecture d’un ouvrage moins aride que les nombreux écrits des théologiens sur le thème que j’ai à peine effleurer. On appréciera sûrement comme moi le livre d’Olivier Legendre : Le cri de Dieu. Un petit chef-d’œuvre de spiritualité chrétienne qui humanise, sans le déformer, le sens de la souffrance vécue avec le Christ.
III– Une application à la saga de l’aide médicale à mourir.
Plutôt qu’un troisième point de mon entretien, voyez-y une application de ce qui précède à la délicate question de l’aide médicale à mourir.
C’est une patate chaude dans les mains de nos politiciens et de notre système de justice. Alors qu’on était habitué à ce que les tribunaux invalident des lois trop permissives dans différents domaines, voilà que la Cour suprême dit au gouvernement fédéral : « Vous n’avez pas le droit de refuser à un patient en fin de vie de demander à son médecin de l’aider à mourir ». Les sondages auprès de la population sont largement favorables à ce qu’on appelle « l’aide médicale à mourir dans la dignité ». Certaines associations médicales ont exprimé des réticences; les évêques du Canada et du Québec ont clairement exprimé leur opposition à toute forme d’euthanasie active. Il faut reconnaître que leurs interventions sont en porte-à-faux avec l’opinion publique, très probablement même avec le sentiment des personnes qui vont continuer à se dire catholiques au prochain recensement, à supposer que la question soit posée.
Geste très révélateur : un seul député du parti au pouvoir à Ottawa s’est opposé au projet de loi qui est en voie d’être soumis au vote parlementaire. Il s’agit du député autochtone, Robert Falcon Ouellette, francophone par surcroit, docteur en anthropologie de l’Université Laval, et député de Winnipeg.
« Le Devoir » de lundi dernier lui a consacré un reportage. L’anthropologue tient un discours qui s’approche de celui des évêques sans les citer, car les médias semblent bouder totalement leurs nombreuses interventions collectives et personnelles. Seul l’évêque de Toronto a réussi à percer dans la presse anglophone du Canada.
Je vous lis des extraits de l’entrevue donné par le député dissident : « On est dans une société jetable. Nos cellulaires, nos produits, tout. On ne répare même plus, on jette et on remplace nos affaires achetées à bon prix. Est-ce maintenant rendu dans nos valeurs plus profondes au sujet des personnes et la valeur qu’elles ont dans la société? »
Au fond, toute la question du suicide assisté repose sur la façon de vivre la souffrance. Ce que les gens souhaitent, c’est de ne pas souffrir. Pourtant les soins palliatifs, dont on devrait pouvoir bénéficier partout, permettent de supprimer pratiquement toute douleur. C’est comme si on ne distinguait plus moralement l’intervention médicale qui supprime la douleur physique, qui peut contribuer à hâter la fin de vie puisque le médecin respecte en même temps la volonté du patient de cesser un traitement qui prolongerait la vie sans espoir de guérison. On préfère l’injection létale qui entraine la mort plus ou moins immédiate.
Pourtant beaucoup de médecins, d’infirmières, d’aidants naturels témoigneront que le manque de compassion, le sentiment d’être devenu un poids pour les siens et la société, sont déterminant dans la démarche du patient en fin de vie.
Je trouve navrant qu’au lieu de développer les soins palliatifs pour qu’ils soient accueillis et efficaces partout, on s’attaque au bien par excellence qu’est la vie et qu’on démissionne devant la mort.
Je n’ai pas trouvé mieux pour finir que de citer Jean Leonetti qui a été le penseur de la loi française sur la fin de vie!
« Si l’on demande aux Français quelle est la plus « belle mort », ils disent qu’ils veulent mourir très vieux dans leur sommeil. Car contrairement à la mort chrétienne que je vois venir et à laquelle je me prépare, la société moderne souhaite une mort inaperçue. »
Mais au-delà de ces considérations, nos sociétés occidentales ont oublié la mort et en ont fait un tabou. Pour s’en débarrasser, elles l’ont médicalisée. C’est le fait d’une humanité qui n’accepte pas sa mort et qui, paradoxalement, l’anticipe pour ne pas avoir à la subir. Or, contrairement à la souffrance, la mort n’est pas un problème médical, c’est un problème intime existentiel de société. Et ce n’est pas le rôle de la loi de régler le problème de la mort.
Je crois que les moments qui précèdent la mort servent à quelque chose. Ce sont des moments qui préparent et apaisent la personne qui s’en va et qui lui permettent peut-être d’accepter sa finitude sans révolte. Sans compter que ces moments jouent un rôle fondamental pour ceux qui restent. Nous portons toute notre vie la cicatrice de la mort de l’autre. « Seigneur, vous m’avez fait puissant et solitaire, laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre » écrivait Alfred de Vigny.
+Maurice Couture, S.V. Archevêque émérite de Québec
Geste de solidarité chrétienne à Québec après l’attentat d’Orlando
Unis dans la prière avec le peuple des États-Unis et les personnes homosexuelles et leurs familles durement éprouvées
Messe à l’église Saints-Martyrs-Canadiens Samedi à 16 h
En communion de prières avec les familles des personnes décédées ou blessées, dont plusieurs personnes homosexuelles, lors du crime haineux du 12 juin à Orlando, aux États-Unis, l’Église catholique de Québec invite la population à prier pour toutes les personnes touchées par cette tragédie lors d’une messe célébrée à 16 h ce samedi 18 juin à l’église Saints-Martyrs-Canadiens (955, avenue De Bienville). La célébration sera présidée par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, accompagné par l’abbé Pierre Gingras, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste.
Le cardinal Lacroix, archevêque de Québec, a réagi aujourd’hui à cette tragédie : « Au nom de notre grande famille diocésaine, je tiens à exprimer le soutien de nos communautés chrétiennes et adresser nos prières à Dieu pour nos frères et sœurs durement éprouvés par cet attentat à Orlando, plus spécialement aux victimes, à leurs familles et aux personnes homosexuelles, particulièrement visées. La violence ne doit pas avoir le dernier mot. En communion de prières avec le peuple des États-Unis. »
« Aide à mourir » : pas de date butoir pour la dignité
Le 6 juin prochain, la décision de la Cour suprême du Canada concernant l’« aide médicale à mourir » prendra effet avec ou sans loi fédérale pour l’encadrer.
L’adoption de la loi C-14 ou l’entrée en vigueur de la décision Carter, donnera certainement lieu à des recours judiciaires afin d’élargir la portée de l’euthanasie au Québec, accessible chez nous depuis déjà 5 mois. Des pressions viendront également pour recourir au suicide assisté, tel que défini par C-14 : « de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu’elle se l’administre et cause ainsi sa mort. »
Je désire m’adresser aujourd’hui particulièrement aux personnes affectées « de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap)1 » causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables.
La vie que vous avez reçue, le souffle qui vous habite, la personnalité qui vous caractérise sont empreints de beauté, de noblesse et de grandeur. L’amour reçu, l’amour donné sont toujours présents et font de vous, comme de chacun de nous, des êtres revêtus d’une grande dignité en toutes circonstances. Ce que vous avez été, ce que vous êtes maintenant requièrent, entre autres, le respect, l’accompagnement et des soins appropriés pour vous aider à grandir jusqu’à la fin.
Afin de respecter la primauté de la vie, l’Église catholique s’oppose fermement à l’euthanasie et au suicide assisté. Elle déplore que tous les scénarios envisagés par le gouvernement fédéral permettent éventuellement à un nombre croissant de personnes de demander à mettre fin à leurs jours.
Je le répète souvent, la position de l’Église n’est pas de valoriser la souffrance. Oui, la foi peut lui donner un sens, mais les chrétiens et chrétiennes, tout comme Jésus, souhaitent l’éviter lorsque cela est possible : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22, 42). J’ai la ferme conviction que Dieu nous aime d’un amour éternel, tels que nous sommes ici et maintenant, et ce, jusqu’à notre mort où il nous accueillera les bras grands ouverts. Il suffit d’écouter sur notre webtélé diocésaine ECDQ.tv la récente conférence de notre archevêque émérite Mgr Maurice Couture pour s’en convaincre.
D’ici le 6 juin prochain, je nous lance collectivement un grand défi. Vous connaissez sûrement une personne qui pourrait se reconnaître dans les critères québécois et (bientôt) canadiens d’accessibilité à l’aide médicale à mourir. Écoutez et accueillez jusqu’au bout l’expression de sa souffrance, de sa peur. Dites-lui qu’elle a du prix à vos yeux, qu’elle pourra toujours compter sur votre présence. Rappelez-lui votre amour inconditionnel.
Les demandes d’aide à mourir s’effacent habituellement lorsque les personnes souffrantes sont bien accompagnées. Ce sont les médecins et le personnel soignant en soins palliatifs qui me l’ont partagé à maintes reprises. Je les remercie de poursuivre leur rôle dans le nouveau contexte législatif au Québec. Leurs efforts pour soulager la souffrance physique et morale portent de réels fruits et les investissements en soins palliatifs doivent se poursuivre. Pour celles et ceux d’entre eux (toujours une majorité) qui s’opposent à l’euthanasie, leur objection de conscience doit être protégée. Si un médecin ne souhaite pas référer un patient vers sa mort médicalement provoquée, son choix doit être respecté sans remise en question.
Merci également à tous les proches aidants. Les débats actuels risquent de faire oublier leur dévouement, leur courage, leur force, mais surtout leur sens de l’autre et du respect de la vie. Ces personnes ont énormément besoin d’être reconnues et soutenues.
Mon accompagnement de personnes en fin de vie me confirme qu’il est périlleux d’accorder la permission de provoquer la mort d’une autre personne, même avec son consentement. Non seulement une loi dicte, mais elle éduque et elle imprime la revendication du droit et la suggestion du devoir. Avec le temps, les moeurs sont affectées et la rareté du geste cède le pas à l’habitude C’est, à mon humble avis, un bien triste « progrès ». Nous avons la responsabilité, la mission d’accompagner avec douceur et tendresse la vie de nos proches qui souffrent, et ce, sans recours à une loi qui incite à la mort. Dans ce contexte, nous sommes invités à prévenir ce mode suicidaire en choisissant de reconnaître la dignité de la vie.
Cardinal Gérald C. Lacroix Archevêque de Québec 30 mai 2016
1 Description correspondant à la décision de la Cour suprême canadienne qui amendera le 6 juin notre code criminel pour offrir « une aide médicale à mourir ».
En réponse à l’Appel à l’action numéro 48 de la Commission de vérité et réconciliation, et en réponse aux questions soulevées par les concepts légaux connus comme étant la « doctrine de la découverte » et la terra nullius, quatre organisations catholiques du Canada représentant les évêques, les instituts de vie consacrée, les sociétés de vie apostolique, les peuples autochtones et les laïcs ont publié deux documents. Les déclarations sont datées du 19 mars 2016, solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie, patron principal du Canada.
Dans le premier des deux textes, les signataires catholiques expriment leur soutien à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Ils affirment que « son esprit peut être le point de départ d’une réconciliation entre autochtones et non-autochtones au Canada. » Ils soulignent également que l’Observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies « a appuyé explicitement cette Déclaration à plusieurs occasions. » En 2010, quand le Gouvernement du Canada avait annoncé qu’il appuierait la Déclaration, Mgr Pierre Morissette, alors président de la CECC, avait cosigné une lettre de chefs d’Églises dans laquelle les leaders religieux exprimaient au gouvernement leur satisfaction pour l’appui donné à la Déclaration et le pressaient de « travailler en partenariat avec les peuples autochtones sur une façon respectueuse d’avaliser et de mettre en œuvre » la Déclaration de l’ONU.
La réponse catholique à l’Appel à l’action 48 se conclue par un appel « à tous nos frères et sœurs catholiques – laïcs, membres des instituts de vie consacrée et de sociétés de vie apostolique, diacres, prêtres et évêques » de répondre à huit engagements afin de « continuer à cheminer avec les peuples autochtones pour édifier une société plus juste où seront cultivés et honorés leurs dons et ceux de toute la société. »
Réfléchissant sur la « doctrine de la découverte » et la notion de la terra nullius (terre de personne, territoire sans maître), le deuxième des documents catholiques « examine et rejette des concepts et des principes dénués de fondement dont se sont servis les Européens pour justifier la saisie de territoires qui appartenaient à des peuples autochtones, et souvent connus sous le nom de ‘doctrine de la découverte’ et de terra nullius. » Les signataires disent « que l’heure est venue de publier une déclaration pour répondre aux erreurs et aux contre-vérités transmises, souvent par des chrétiens, depuis l’époque dite des grandes découvertes. » Après avoir formulé cinq principes rejetant comment ces concepts légaux ont été utilisés pour nier les droits des peuples autochtones, les signataires affirment de nouveau les huit engagements formulés dans leur premier document. Une annexe fournit un aperçu historique de l’évolution de ces concepts en regard de la doctrine catholique et retrace leur répudiation.
Les signataires des deux textes sont : le président de la CECC, Mgr Douglas Crosby, O.M.I., évêque de Hamilton; le président de la Commission pour la justice et la paix de la CECC, Mgr Donald Bolen, évêque de Saskatoon; le président du Conseil autochtone catholique du Canada, M. Rennie Nahanee, d.p.; la présidente et le directeur général de la Conférence religieuse canadienne, Sœur Rita Larivée, S.S.A., et le père Timothy Scott, C.S.B.; de même que le président et le directeur général de Développement et Paix, M. Jean-Denis Lampron, d.p., et M. David Leduc. La publication de ces deux documents fait suite à une journée de réflexion sur le renouvellement des relations avec les peuples autochtones, laquelle a eu lieu le 14 mars dernier, à Ottawa, et qui a réuni plus de trente personnes, incluant des évêques, des supérieurs majeurs de communautés religieuses et des représentants des quatre organisations signataires. Les deux documents ont été élaborés par la Commission justice et paix de la CECC et il y a eu plusieurs consultations avec des membres des communautés autochtones, de même qu’avec des représentants des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique.
Mgr Pierre Claver Malgo, évêque de Fada-N’Gourma, et sœur Ines Kolesnore de la Congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, venus du Burkina Faso, se sont exprimés dans les médias pour témoigner de leur amour envers leurs amis Yves, Maude, Gladys, Charles-Élie, Louis et Suzanne, décédés tragiquement lors des attentats de Ouagadougou.
Les funérailles de M. Jean-Paul L’Allier, ancien maire de Québec, auront lieu ce samedi 14h en la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. Les portes de la cathédrale ouvriront dès 13h30.
Les funérailles, présidées par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, seront télédiffusées avec les commentateurs religieux suivant : l’abbé Jimmy Rodrigue (TVA) et l’abbé Pierre Robitaille (ICI Radio-Canada). Les émissions spéciales débuteront dès 13 h.
La Ville de Québec, avec l’accord de Mme Johanne Mongeau et des membres de la famille, annonce que des funérailles officielles auront lieu à la mémoire de l’ancien maire de Québec, M. Jean-Paul L’Allier, le samedi 9 janvier prochain, à 14 h, à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. La cérémonie sera présidée par le cardinal Gérald Cyprien Lacroix. Un nombre limité de places seront accessibles au public.
L’urne contenant les cendres de M. Jean-Paul L’Allier sera exposée en chapelle ardente à la salle du conseil municipal de l’hôtel de ville de Québec le vendredi 8 janvier, de 14 h à 20 h. Un registre officiel de condoléances sera disponible sur place.
Le drapeau de la Ville de Québec restera en berne jusqu’au crépuscule du jour des funérailles.
Chapelle ardente Date : Vendredi 8 janvier Heure : 14 h à 20 h Endroit : Salle du conseil municipal
Hôtel de ville de Québec
2, rue des Jardins, 1er étage
Funérailles officielles Date : Samedi 9 janvier Heure : 14 h Endroit : Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec
16, rue De Buade
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L’homéliste lors des funérailles sera Mgr Maurice Couture, archevêque de Québec pendant les années de M. L’Allier à la mairie de Québec.
Mgr Couture a donné de belles entrevues dans les médias que nous vous suggérons ici:
Pour une rencontre avec la famille de Nabi Sabeh et Jeanet Jiji via ICI Radio-Canada et Le Soleil. Pour le témoignage de leur famille accompagnatrice, celle de Karl Sylvain et Brigitte Saillant, cette entrevue dans le Soleil. M. Sylvain a également donné des entrevues au FM93 et CHOI Radio X.
Que ce temps de Noël nous invite à ouvrir davantage notre cœur à la réalité des personnes réfugiés.
Rappelons-nous aussi le sort de ceux et celles qui choisissent de demeurer dans les territoires où règne toujours la guerre. Ce message de Noël de chrétiens dans un camp de réfugiés d’Irak est particulièrement interpellant (activez les sous-titre en français en appuyant sur »CC » :
Voici la lettre de notre vicaire général, l’abbé Marc Pelchat, partagée aujourd’hui dans la section Point de vue du quotidien Le Soleil:
En réaction aux lettres d’André Drapeau et Yves Labelle publiées le 10 décembre
Pourquoi qualifier de « sainte» la porte qui ré-ouvrira ce samedi à 16 h à la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec? Que l’on soit rassuré, nous ne parlons pas de la même sainteté que l’Église attribue à des personnes comme Pierre, Marie de l’Incarnation ou François de Laval. Cependant, notre Église reconnaît un caractère sacré à certains objets ou pratiques dont ceux reliés aux rituels des Années saintes. Depuis le 8 décembre, nous avons débuté l’une de ces années particulières : un grand Jubilé de la Miséricorde désiré par le pape François.
L’ouverture de la Porte sainte a comme seule visée de tourner nos yeux vers Dieu, incarné dans un enfant que nous célébrons dans quelques jours à Noël. Plus tard, c’est Lui qui dira « Moi, je suis la porte » (Jn 10, 7). Franchir une Porte sainte, c’est comme vivre un pèlerinage en répondant tout simplement à un appel de la Miséricorde divine, quel que soit notre cheminement dans la foi. Pour ce qui est de présumées « motivations pécuniaires » liées à l’ouverture de la Porte, je tiens à souligner qui si c’était l’objectif de l’Église, ce serait un cuisant échec financier et aucun progrès spirituel n’en résulterait. Les éventuelles retombées financières seront pour les restaurateurs, les hôtels et les marchands. Quant à nous, nous sommes invités à franchir la Porte sainte pour signifier avant tout que nous voulons, à notre tour, devenir plus miséricordieux envers ceux et celles que se trouveront sur notre route cette année.
Le père Paul Karim, un habitué des pages du Soleil, a aussi écrit une réponse qui n’a pas été publiée cette fois. Nous vous la partagerons.
André Drapeau, dans Opinion du lecteur, refusant la sainteté aux objets dans l’expression Porte sainte, demande : « Qui pourrait m’expliquer? ». Voici mon humble explication. Dire « Porte sainte » n’est pas pareil que de dire « Sainte porte », puisque la porte n’est pas canonisée. On peut donc dire que quand le qualificatif de sainteté précède le mot, il s’applique uniquement à des personnes. En cela M. Drapeau a raison. Mais quand le qualificatif « sainte » vient après le mot, il veut rappeler simplement le sens qu’on lui donne, à savoir qu’il est « sacré », comme on dit couramment « vase sacré ». Nous savons que la Porte sainte représente symboliquement, d’après l’évangile, le Christ lui-même, qui a affirmé : « Je suis la porte » du bercail, dans le sens qu’il demande à ses disciples de passer par lui, en mettant sa Parole en pratique, pour devenir saints. « Porte sainte » veut donc dire : la Porte qui conduit à la sainteté. Pas plus et pas moins.