Par Yves Terrien, journaliste

Église catholique de Québec

Ils étaient plus de 90 catéchumènes dans l’église Saint-Benoît, à Québec, ce dimanche 22 février 2026, pour répondre à cet « appel décisif » les menant au baptême et aux autres sacrements. Jésus-Christ s’est fait une place dans leur vie, qu’ils aient à peine 14 ans ou 82 ans, qu’ils viennent du Québec d’autres origines, d’autres religions ou d’autres pays.

Ce renouveau de ferveur chrétienne fait tache d’huile : l’an passé, les nouveaux baptisés adolescents et adultes dépassaient la centaine. D’autres jeunes adultes sont touchés par cet appel du Christ. C’est un revirement de situation au Québec, et dans le diocèse de Québec, car il y a près de dix ans, peu de jeunes et de moins jeunes entendaient l’appel de ce Dieu. Du moins, pas aussi clairement que ne l’entendait Samuel endormi dans le temple, comme nous le raconte la bible (1 Samuel 1, 4-10) ! La tendance à la hausse est marquante.

L’église était remplie de petites familles, d’adolescents et de jeunes adultes accompagnés de leur parrain ou de leur marraine et des membres de la famille. Chacune des personnes interrogées avait un parcours semblable : ils et elles avaient ressenti cette chaleur de l’appel intérieur qui venait de les bouleverser et transformer leur vision de ce « me voici » et de leur réponse : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».

Pour l’un, c’était la prière dans une situation difficile qui l’a mené la révélation. Pour une autre, ce sera l’angoisse qui a été apaisée par la parole de Dieu. Pour une famille iranienne, la mère, le fils et la fille, c’est un changement radical de quitter leur religion pour l’appel d’un Jésus qui vient ouvrir leur cœur à une nouvelle dimension, celle de l’amour indéfectible d’un Dieu aux bras grands ouverts.

Les témoignages

Konu Hervé GnaGna a connu beaucoup de problèmes dans sa vie avant de découvrir Dieu. « Un jour, j’ai prié et j’ai eu une réponse. Mes parents sont religieux depuis toujours. Et moi, j’ai continué à prier et à accueillir Dieu dans ma vie. J’ai commencé à lire la bible. Et aujourd’hui je suis ici (pour la cérémonie de l’appel décisif). Et j’espère continuer mon parcours. »

Joanie Paquet-Letellier, agente de pastorale de l’unité missionnaire de Nouvelle-Lorette, s’occupe de la pastorale des adolescents. Elle a accompagné Konu Hervé dans sa démarche avec six autres jeunes. « Nous nous sommes inspirés de La Boîte à Théo (1) que l’on a adaptée à la réalité des jeunes d’aujourd’hui avec des références actuelles. Nous avons abordé les expériences de Dieu, qui est Jésus, ce qu’est l’Esprit-Saint. Il faut s’adapter à la culture d’aujourd’hui et offrir des trucs pour témoigner de notre foi. »

Elle note que les jeunes sont attirés à devenir chrétiens par des influenceurs sur les réseaux sociaux, par des témoignages et par des explications de ce que la bible peut leur apporter. Certains sont touchés par le témoignage d’un ami ou encore par les grands-parents.

Léon Poitras, 14 ans, a aussi été accompagné par Joanie Paquet-Letellier dans la démarche qui dure environ un an. Pour ce jeune homme, le parcours avait du sens, car il a rencontré des jeunes dont la vie a été transformée par le catéchuménat menant vers le baptême. “Je voulais faire partie de la grande famille de Dieu, lance-t-il avec ferveur. Mon père est très croyant et cela m’a donné le goût d’avancer et de me faire baptiser, d’aller à l’église et d’avoir les autres sacrements.”

Bérénice et sa sœur Lou, toutes deux nées en Côte d’Ivoire, avaient très hâte de participer à la cérémonie les menant au baptême au jour de la Pâques chrétienne. Ma motivation était d’apprendre à connaître Dieu et d’affermir ma foi », avoue Bérénice. Pour Lou, connaître Dieu devenait très important dans sa vie. « Je me sens bien ici, entourée de personnes qui veulent faire grandir leur foi. » Elle ne se sent pas seule, mais appuyée des personnes comme elle qui cherchent à donner un sens à leur vie.

Christophe Lambert, accompagné de son parrain, raconte son engagement dans le catéchuménat à la suite d’une révélation alors que sa vie était chamboulée. « Ça allait très mal dans ma vie, souligne-t-il. J’ai commencé à prier et ma vie a pris une nouvelle tournure. Ma vie allait de mieux en mieux. C’est un changement du tout au tout. J’ai parlé avec mes tuteurs (famille d’accueil) en leur disant que je voulais me faire baptiser. J’ai fait des recherches et j’ai rencontré une personne très gentille qui m’a proposé une démarche et des rencontres pour en arriver jusqu’ici aujourd’hui ».

 Noura, 24 ans, raconte que l’anxiété sociale l’a menée vers la démarche du catéchuménat. Dans sa famille, son père musulman et sa mère l’ont laissé libre face à la religion, quelle qu’elle soit. « J’ai demandé des signes pour être apaisée. J’ai demandé à Jésus de m’accompagner dans mes démarches. J’ai ressenti sa présence. » C’est ce qui l’amène dans cette démarche vers le baptême, accompagnée par un diacre dominicain et sa marraine, convertie au christianisme depuis de nombreuses années.

Une famille iranienne, la mère de 82 ans, son fils et sa fille, tous deux dans la cinquantaine, ont décidé de choisir le christianisme. Les trois ont découvert l’amour de Dieu au point d’être amoureux de ce Dieu qu’ils ont appris à connaître en émigrant au Québec. C’est une amie de son frère qui leur a présenté ce qu’étaient les fondements du christianisme. C’est ce qu’il les a conduits tous les trois à demander le baptême.

Une grande joie

Juste avant la cérémonie, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, évêque de Québec, soulignait l’importance d’assurer le suivi de ces nouveaux croyants et leur intégration dans les différentes communautés où ils vivent.

 « La démarche de catéchuménat se passe sur une année environ. La société actuelle est très sécularisée, les jeunes ne vont pas dans une école catholique. Leurs parents ne sont pas engagés dans leur foi, et les enfants ne participent pas à la vie de la communauté chrétienne. Ils sont attirés par des gens qui leur donnent un bel exemple et qui les invitent à participer à quelques événements. Les personnes découvrent alors la beauté de la foi. »

Pour le cardinal Lacroix, le geste d’un groupe de jeunes adultes et des adultes qui veulent goûter aux valeurs de la foi, « c’est une grande joie. Le Seigneur trouve les moyens de rejoindre les gens dans la profondeur de leur cœur. », affirme-t-il. « Le Seigneur nous devance, car nos méthodes ne donnent pas toujours de bons résultats. Mais le Seigneur agit malgré nos faiblesses. »

« Me voici ! »

Lors de l’appel décisif, chaque personne appelée par son prénom se levait dans la salle en répondant « Me voici ! »

Par la suite, chacune et chacun recevait une écharpe violette, marquant leur entrée en Carême, des mains de l’un des quatre évêques sur place, soulignant ainsi la prochaine étape. Ce sera le baptême dans les prochaines semaines. À la Veillée pascale, ils arriveront avec l’écharpe, mais ils l’enlèveront pour se rendre aux fonts baptismaux et ils revêtiront le vêtement blanc. Tous les appelés signaient le grand livre de leur engagement. C’était la fête qui se voyait dans leurs yeux remplis de joie.

Responsable du programme du catéchuménat, Carole Harrison décrit le parcours proposé aux adolescents et aux adultes qui demandent les sacrements, à commencer par le baptême. Pendant une année ou plus, selon les besoins des participants, ils vivront des catéchèses et de la formation pour mieux comprendre le christianisme et bien saisir l’appel du Christ dans leur vie.

Le catéchuménat, ajoute-t-elle, c’est le service que chaque diocèse offre à ceux et celles qui veulent être baptisés et faire partie de la famille des chrétiens. Dans chaque paroisse où il y a des catéchumènes, l’encadrement est assuré par des animateurs de pastorale, des bénévoles, des diacres et des prêtres. Chaque personne qui s’initie à la catéchèse est jumelée à un accompagnateur ou une accompagnatrice tout au long de son cheminement, jusqu’à l’appel décisif.

Crédit photos : Yves Therrien, ECDQ